Il est déjà arrivé à la majorité des pilotes des petites frayeurs mais certains ont également subit de plus gros accidents. L’intérêt de cette interview est donc de prendre un exemple concret qui servira à d’autres dans leurs remise en sellette !

paragliding sunset
Mel a fait secours il y a 3 ans pendant un cross avec des potes. Elle était avec son Alpina et l'exoceat d'Ozone. Grâce à son expérience, essayons de comprendre les raisons d'un accident et l'état d'esprit présent avant et après un vol marquant.

Peux-tu nous décrire ton profil pilote ?

Je vole depuis 12 ans maintenant avec un gros volume de vol au départ et donc une bonne progression. J’ai ralenti ce rythme ces dernières années car au début je devais faire entre 150 et 200 heures par an et aujourd’hui je fais au moins 50 heures environ. Donc moins de vol mais très qualitatif en général.
Mon profil est donc tourné vers le cross et les vols rando où j’utilise une Susi 16 avec une Radical.

Peux tu nous partager cet évènement qui t’as marqué  ?

J’étais partie pour un beau cross avec des amis et j’étais super contente car j’étais déjà arrivée à 85km. Donc on était sur le retour pour boucler une belle balade et j’étais un peu en sur-confiance car tout s’était bien passé et d’autres personnes avaient stoppé leur vol car les conditions étaient trop pêchues pour eux ce jour-là. De mon côté, j’étais à un stade de progression avec beaucoup de volume et de confiance en mon pilotage et ces paramètres dans mon vol m’ont fait prendre une décision totalement pourrie que j’aurai pas pris habituellement.
Il y avait quelqu’un qui me gênait en vol et au lieu de juste le contourner et de perdre un peu sur le groupe de tête, j’ai décidé d’accélérer et de le poudrer ! C’était un vol entre pote, pas du tout une compétition mais j’ai appliqué une approche de compet à ne pas vouloir le lâcher alors que j’étais dans un environnement pas du tout adapté à voler accélérer… L’aérologie au Trélod, dans les Bauges, n’est jamais très saine et j’ai pris un 3/4 de fermeture hyper violent qui part directement en autorotation avec 3 tours de twist et pas énormément de gaz au-dessus des reliefs. Donc c’était secours direct.
J’étais hyper contente de ma réaction car j’ai réussi grâce aux stages SIV à avoir ce reflexe de ralentir le temps et comprendre la situation. J’avais eu cette analyse de penser au sens de rotation pour pouvoir bien tirer le secours et j’étais même en radio (intégrée dans mon casque) et je commentais le déroulement aux pilotes qui volaient avec moi.

Mais c’était quand même le début d’une longue aventure car j’ai atterris dans une pente qui était très raide. Pour l’anecdote, c’était la première fois que je faisais un vol avec des baskets fines de ville qui tenaient pas au pied et je me suis dit que j’arriverais jamais à me sortir de là.

Comment as-tu réussi à t’extraire de cette zone ?

D’habitude le reflexe à avoir c’est de neutraliser ta voile et ton secours mais dans mon cas le secours gonflé m’empêchait de descendre plus bas dans la pente donc je l’ai laissé ouvert. J’étais bloquée sur une petite motte de terre et heureusement il y a 2 pilotes qui avaient vu la scène et qui sont allés se poser sur un des alpages du Trélod et sont venus à pieds. Ils avaient des sacs pour pouvoir mettre mon matos et tout remonter au sommet. Mais je ne sais pas à quel moment on a pas pensé d’appeler les secours car c’était quand même risqué de tout gérer. On s’accrochait à quatre pattes pour tout remonter et défaire la voile et le secours.
Une fois au sommet, on a dû marcher pendant 4h avec nos sacs de cross sur le dos et sans eau pour rejoindre la civilisation.

Comment as-tu réagit les jours qui suivent ?

C’était une sensation légèrement bizarre avec toujours un peu le souvenir de l’adrénaline mélangé à un épuisement total. J’étais quand même rassurée de l’analyse de la situation, j’ai beaucoup mentalisé ma réaction et j’en suis très contente. Après ça, j’ai revolé une semaine plus tard, donc très rapidement. Dans l’immédiat, j’étais pas très affectée et j’ai passé 6 mois à revoler normalement en gardant mes objectifs de compétitions et en faisant un stage avec le Collectif National Féminin en Italie. Pendant une manche d’entrainement, on se retrouve au dessus d’un relief avec des falaises plutôt raides et des grosses conditions. Visuellement le lieu ressemblait beaucoup à là où j’ai fait secours et j’ai juste complétement fondu en larme ! C’est en échangeant avec des personnes ayant vécues la même chose que l’on m’a rassuré d’avoir eu cet effet à retardement qui apparemment commun à beaucoup de pilotes.

Quel a été ton processus de remise en sellette ?

Pour ne pas subir des périodes de « moins bien » mentales, j’ai besoin d’avoir un gros volume de vol et de l’entrainement. Donc ça passe par des stages; j’ai fait un SIV d’ailleurs avec Fab’ 2 jours après m’être vachée en pleurs. C’était génial car on a fait des exercices de démystification du vol accéléré et quelques départs en autorotation mais rien de trop violent. Et pour être à l’aise à nouveau, il y a beaucoup de travail mental. Lorsqu’on subit un accident, il y a souvent une grosse remise en question de l’activité, surtout pour quelqu’un qui fait des compétitions et qui cherche à performer, on se demande juste pourquoi on vole ? A quoi bon pousser les choses plus loin, etc… Donc le vrai bon conseil que j’ai eu c’était surtout de revenir à l’essence même de pourquoi j’ai du plaisir à voler et prendre un peu de recul sur les compétitions et la performance. Donc je reviens à faire certains vols que je ne faisais plus; aller à la dune ou faire du soaring par exemple. Petit à petit, le volume revient et la confiance aussi. Le thème de ces dernières années a été d’être bienveillante avec moi même, donc c’est retrouver du plaisir mais ne pas abandonner certains objectifs, et toujours se challenger un peu.

Est ce que tu voles différemment aujourd’hui ?

Au départ j’avais gardé l’habitude de faire un planning de compétition et de maintenir un certain rythme. Mais l’été dernier je me suis impliquée sur d’autres projets personnels et la fatigue n’a pas convenu à tous ces objectifs. J’ai réalisé que je ne m’écoutais pas vraiment et j’ai décidé de faire une pause niveau compétition, de me concentrer sur un projet personnel et surtout de faire à fond les vols plaisir: vol bivouac, aventure, etc…
Cette année se passe donc très bien. Je reprends les vols de printemps et je prend le temps de respirer près des falaises et de contrer les discours internes négatifs en gardant cette bienveillance envers moi-même.

Donc en m’écoutant et en n’ayant pas d’objectifs de performance mais plus de plaisir, je souhaite quand même l’année prochaine pouvoir revenir sur les circuits de compétitions de façon plus sereine.

Gardez en tête qu'il ne faut pas avoir honte ou peur d'appeler les secours quand le besoin est bien présent.
Un grand merci à Melissa qui a accepté de partager son expérience !

Lorenza

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